Le développement parallèle du “kid friendly” et du “adult only” raconte peut-être quelque chose de plus large sur notre manière de vivre ensemble. Pendant longtemps, les espaces du quotidien mélangeaient davantage les générations. Aujourd’hui, de nombreuses activités tendent à se spécialiser selon les publics : espaces de coworking, résidences étudiantes, villages séniors, clubs enfants, hôtels familiaux ou encore établissements réservés aux adultes…
Cette segmentation répond souvent à une logique de personnalisation : chacun peut alors trouver un lieu correspondant précisément à ses attentes. Pourtant, cette tendance soulève aussi certaines interrogations, car plus les espaces se spécialisent, moins les différentes générations se rencontrent mutuellement. Les enfants deviennent alors parfois perçus comme une catégorie à part plutôt que comme des membres à part entière de la société.
En France, cette question est d’ailleurs revenue sur le devant de la scène à plusieurs reprises. L’une des polémiques les plus médiatisées concernait les espaces de voyage interdits aux enfants, notamment avec el cas des wagons SNCF “childfree” (sans enfants), une offre principalement adressée aux personnes recherchant davantage de calme. Les réactions ont été très contrastées, car si certains voyageurs estiment légitime de pouvoir profiter d’espaces plus silencieux, d’autres considèrent qu’exclure indirectement les enfants revient à rendre les familles moins visibles dans l’espace public. Se pose également la question de la loi: est-ce vraiment légal d’interdire l’accès à un espace aux enfants spécifiquement ?
Au-delà de la polémique, ce débat met surtout en lumière une réalité de plus en plus actuelle : les attentes des différents publics ne sont pas toujours faciles à concilier. Et si le “adult only” se développe tant, la place de l’enfant dans l’espace public peut sembler injustement menacée.
Les enfants occupent donc une place particulière dans ce débat, car ils ne représentent pas simplement une catégorie de clientèle parmi d’autres, mais les citoyens et les adultes de demain. A ce titre, leur présence dans les espaces du quotidien participe aussi à leur construction et à leur intégration dans la société. S’il est possible d’entendre le souhait de personnalisation des lieux de certains adultes, il paraît plus difficile d’accepter l’idée que les enfants deviennent progressivement indésirables dans une partie croissante de l’espace public. Parce que apprendre à vivre ensemble implique aussi d’accepter la présence des différentes générations, avec tout ce que cela comporte.